Rencontre proposée et animée par Jumana Al-Yasiri, chercheuse et consultante artistique avec la participation de Bissane Al-Charif, Waël Ali, Simon Dubois et Yamen Mekdad.
Depuis plus de 15 ans, l’histoire des Syrien·ne·s s’écrit dans un immense flux d’images, de vidéos, de sons, de documents et de récits. Dans un pays marqué par la guerre et par de profondes transformations politiques et culturelles, la volonté de faire archive, de résister à l’effacement, traverse tous les champs de la création. Enquêter, documenter, sauvegarder, reconstruire, rejouer : autant de gestes qui animent de nombreuses initiatives collectives et individuelles. Les artistes et les opérateur·rice·s culturel·le·s comptent ainsi parmi les principaux historien·ne·s et archéologues d’un demi-siècle d’histoire et de création syriennes.
Faire archive, c’est aussi poser la question du support : où l’archive se dépose-t-elle ? Dans un document administratif, un enregistrement sonore, une photographie, un spectacle, une installation, un témoignage oral ou un espace numérique ? Le choix du support détermine aussi la manière dont l’archive peut devenir elle-même un objet artistique.
Cette rencontre propose d’explorer cette obsession de l’archive à travers le théâtre, la musique et les arts visuels. Elle réunira le metteur en scène Wael Ali, dont l’approche documentaire interroge ce que peut encore le théâtre face à la catastrophe ; la scénographe et plasticienne Bissane Al-Charif, qui travaille sur les récits des femmes, leurs mémoires et leurs objets du quotidien ; le chercheur Simon Dubois, spécialiste de la Syrie et complice de longue date de Waël Ali ; ainsi que Yamen Mekdad, cofondateur des Syrian Cassette Archives, projet consacré au patrimoine musical populaire syrien.
Entre résistance à l’érosion de l’histoire et tentative de rendre justice, les archives apparaissent aujourd’hui comme un espace de lutte, de transmission, d’imagination et de réinvention du collectif.
Jumana Al-Yasiri (Syrie) — curatrice, chercheuse et consultante artistique
Née à Damas, spécialiste des scènes artistiques du Proche-Orient et de la circulation transnationale des œuvres, elle travaille sur les liens entre création artistique, exil, mémoire et fabrication des récits. Elle écrit et intervient régulièrement sur les diasporas artistiques, la décolonisation des pratiques curatoriales et la reconstruction de l’identité en temps de guerre et en exil. Elle a notamment traduit en français plusieurs pièces de théâtre contemporaines syriennes, libanaises et palestiniennes.
Elle a mené une recherche au long cours autour de la vie et de l’œuvre d’Etel Adnan, qui a abouti à la publication posthume d’entretiens réalisés entre 2012 et 2016. Cette réflexion sur l’identité, la langue et le rapport à l’histoire se poursuit aujourd’hui à travers un travail de recherche et de création autour de la figure de l’éditeur et historien franco-syrien Farouk Mardam-Bey.
Ancienne fellow du Laboratory for Global Performance and Politics de Georgetown University, diplômée en études théâtrales de l’Institut supérieur des arts dramatiques de Damas et titulaire d’un master en littérature comparée de l’Université Paris 8, Jumana vit et travaille à Paris depuis 2010.