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Mon ami n'est pas d'ici - صديقي ليس من هنا

  • Exposition

Du 12.11.2021 au 13.02.2022Friche la Belle de Mai, Marseille

En Pratique

Du 12.11.2021 au 13.02.2022Friche la Belle de Mai, Marseille

Achetez vos places auprès du service billetterie de la Friche la Belle de Mai.

Friche la Belle de Mai

41, rue Jobin - 13003 Marseille

04 95 04 95 95

www.lafriche.org

Comment venir ?

Metro M1 ou M2 arrêt Gare Saint-Charles puis 10 min à pied / M2 arrêt Longchamp puis 15 min à pied
Tram T2 arrêt Longchamp puis 10 min à pied
Bus 49 et 52 arrêt Belle de Mai la Friche / Bus de nuit 582
Borne vélo 2321 + parking vélo à la Friche

Présentation

Voir et montrer

Bruno Boudjelal, commissaire de l’exposition, a coutume de voir mêlés sans relâche l’Histoire et sa propre histoire. Ici, alors qu’il est freiné par la pandémie et préoccupé par son père qui perd la tête avant de perdre la vie, il construit « mon ami n’est pas d’ici ».

Qui perd la tête ? qui la retrouve ? Huit photographes, toutes et tous originaires d’Afrique du nord, tentent de répondre à cette question sur leur propre terrain, l’endroit où l’Afrique, de Gibraltar au Sinaï, bute sur la Méditerranée. Le champ de leurs photographies : les migrations intra-africaines.

Permanence, stupéfiante, de l’esclavage en Mauritanie (Seif Kousmate, Casablanca). Le meurtre d’un étudiant subsaharien à l’université d’Annaba (Lola Khalfa, Annaba). Sédentarisation de migrants congolais autour prêcheurs évangélistes de RDC (Malik Nejmi, Rabat). Métissage, identité et déconstruction (Abdo Shanan, Alger). Invisibilité des migrants subsahariens en Lybie (Nada Harib, Tripoli). Soudanais au Caire, entre portrait et autoportrait (Salih Basheer, Le Caire). Oubli, deuil et rage de l’attente de femmes soudanaises abandonnées en Egypte (Hana Gamal, Le Caire). Erythréens piégés par l’enfer du Sinaï (Sinawi Medine, Le Caire).
Partir, rester, le plus souvent, ou s’en retourner ;­ les innomés et les invisibles prennent corps et esprit dans ces travaux portés par une conscience aigüe de l’époque contemporaine, où chacune et chacun garde intacte un paysage intérieur et une position revendiquée au monde. Un monde en équilibre entre celui qui regarde et celui qui est vu, à part égale, c’est si rare, si justement politique.
La politique n’est pas là une surexposition de l’instant présent, ni même l’éternité prêtée au présent de la photographie. C’est l’appartenance à l’Histoire, des auteurs et de leurs modèles, que les uns et les autres en soient ici remerciés.

Thomas Doubliez

The Home Seekers

Il fait très chaud. La maison derrière nous s’élève sur deux niveaux et bloque le vent. Jafar et Moubarak, ont construit cette maison en revenant de leur immigration illégale de l’autre côté de la Méditerranée, vers la Hollande et l’Allemagne. De nombreux jeunes de notre quartier ont fait de même - par conséquent, de plus en plus de maisons sont construites avec l’argent provenant des pays du Nord. Je me suis toujours senti jaloux. Alors que bon nombre de mes amis ont voyagé à l’étranger pour le travail, j’ai aussi voulu traverser la Méditerranée pour réaliser mes rêves, mais mon destin m’a mené ailleurs.
Il y a sept ans, je suis venu en Égypte pour commencer mes études universitaires. J’avais du mal à m’adapter et étais submergé par un mélange de sentiments : aliénation, désir et solitude. J’ai failli tout abandonner et rentrer chez moi. Mais la maison n’était plus la maison.
The Home Seekers explore ces sentiments complexes. Le projet reflète le manque d’appartenance ressenti par les réfugiés soudanais au Caire et la discrimination raciale subie chaque jour dans l’espace public, dans les transports ou à pied dans la rue. C’est difficile d’être noir en Égypte. Les personnes à la peau noire sont classées et étiquetées par les médias égyptiens, ce qui contribue à insuffler un racisme anti-Noirs dans la société égyptienne.
J’ai suivi deux hommes soudanais dans leur quête d’une maison. « Ali » est venu en Égypte pour échapper au fléau de la persécution politique et des difficultés économiques. Il a fini par vivre dans les rues du Caire en vendant des livres, au lieu d’émigrer dans le pays de ses rêves. « Essam » est homosexuel et a subi l’oppression au Soudan. Sa grand-mère était alors l’unique personne à lui offrir un logement et une sécurité. À sa mort, il a été expulsé de la maison familiale et a quitté le Soudan. Il pensait trouver une société tolérante au Caire, mais ce n’était pas le cas. Alors qu’il pensait retourner au Soudan, sa demande de réinstallation en Suède a finalement été acceptée.

Fragments of yourselves

L’attente est plus qu’une simple phase ; elle contient beaucoup de significations et d’émotions que seuls ceux qui les subissent les comprendraient. Cette série est une tentative de comprendre la douleur qui accompagne l’attente, là où nous pouvons trouver des morceaux réels, précieux et sensibles de nous-mêmes. La douleur de l’attente provient parfois d’un certain désir rempli de sentiments inconnus, inaccessibles ou insondables.

En passant du temps avec un groupe de femmes soudanaises vivant au Caire, j’ai réalisé que l’attente était quelque chose qui nous connectait tous en profondeur. Les mères célibataires qui attendent de rentrer dans leur pays d’origine, le Soudan, après avoir été trahies et abandonnées par leurs maris ; des danseurs de henné qui vivent au jour le jour, partagent leur solitude, dansent pour oublier - ou se souvenir ; et ceux qui attendent quelque chose, n’importe quoi, tout.
Quant à moi, j’ai beaucoup attendu dans ma vie. Je pense que ma vie est une suite d’attentes perpétuelles. Paulo Coelho a dit un jour : « Attendre est douloureux. Oublier est douloureux. Hésiter entre les deux est la pire des souffrances. » J’ai travaillé sur ce projet pendant la pandémie de COVID-19, une période de solitude indescriptible et d’attente perpétuelle accompagnée de sentiments accablants de malaise et de mélancolie ; une époque qui m’a forcée, je pense comme beaucoup, à reconnaitre des parties de nous-mêmes que nous connaissions peu mais qui font bien partie de nous mêmes.
J’ai senti qu’il était important à travailler sur le projet même si les temps étaient durs et parfois insupportables. Passer du temps et parler avec ces femmes incroyablement fortes m’a donné un sentiment d’appartenance, de chaleur et de réconfort - à une époque où mon cœur et mon esprit étaient pleins de confusion, me libérant de tout ce que j’étais obligé de laisser derrière moi.
Chacune d’entre elles avait une histoire, une expérience et une vie différente, mais nos fragments étaient les mêmes : le désir de ressentir le vrai sentiment d’un chez soi ou le désir de retrouver des êtres chers qui nous font nous sentir chez nous. Avec un rouge intense, un bleu meurtri et tout le noir et le blanc silencieux entre les deux, cette série est un dialogue poétique entre nos fragments ; des écrits qui expriment différents désirs ; des questions demandant instamment des réponses ; des couleurs de l’amour et de la perte, de la rage et de la trahison, de la maison et de la mémoire ; l’oubli de ce qui était et l’acceptation de ce qui est, la lutte émotionnelle pour rassembler des fragments de nous- mêmes, qui nous faisaient sentir autrefois hors de danger, en sécurité et entier. C’est triste et beau. Peut-être même romantique. C’est terriblement humain.

Lybia in transit

Lorsque je quitte ma maison et que je tourne sur la route principale, les premières personnes que je vois sont des migrants qui traversent la rue ou qui attendent en ran- gée sur le côté. Ils sont visibles mais pourtant invisibles. Comme des fantômes qui passent sans laisser de trace. Comme la première lueur d’une apparition. Rien ne les a fait bouger. La guerre a déchiré le pays et ils sont toujours là. La Covid-19 se propage encore et encore et ils sont toujours là. Tout au long des saisons, ils restent.
De retour à la maison, je regarde mes photos et je les vois encore plus clairement. Je vois les jours où nous marchons à côté des gens et des lieux sans prêter attention à ce qui se passe vraiment autour de nous. Nous ignorons un groupe de jeunes hommes sur le bord de la route, debout sous le soleil brûlant après une longue journée de dur la- beur, attendant leur salaire quotidien. Certains d’entre eux sont des ouvriers du bâtiment ou des balayeurs de rues, une femme qui nous sert notre café du matin dans un café. Les sons de la guerre sont devenus un bruit constant en arrière-plan, un rappel que la sécurité n’est jamais garantie. À Tripoli, les gens vont et viennent, toujours en transit. Certains rêvent d’atteindre l’autre rive de la Méditerranée, fuyant pour toujours la guerre, la faim, la pauvreté et la violence. Certains rêvent de destinations plus proches : une église, une mosquée, un rassemblement d’amis, un travail. Une vie dont ils peuvent dire qu’elle est la leur. Pour ces personnes, Tripoli est devenue un chez-soi. Tous ont la foi. Foi que leur voyage atteindra bientôt sa destination finale. Foi que leurs souffrances seront bientôt terminées. Foi qu’ils pourront nourrir leurs enfants. Foi qu’un jour, ils pourront revoir leurs proches. Leurs histoires sont sou- vent invisibles - mais elles nous entourent. Et à la fin de la journée, leurs histoires sont aussi nos histoires. À travers mes photographies, je veux que nous apprenions à voir. Les luttes communes, les plaisirs de la vie en commun. La fierté d’un parent face au rire de son bébé, la persévérance tenace pour protéger sa famille. Mes photographies sont synonymes de compassion et d’une compréhension plus profonde de la condition humaine. Ce projet sera toujours inachevé - toutes les histoires ne peuvent être racontées. Cependant, les histoires que je raconte visent à encourager la tolérance, l’ouverture et la solidarité entre les communautés, à mettre fin à la discrimination, créer une confiance.

« Je suis venir faire mes « études… »
Le mardi 5 février 2019, Prosper Ndudzo, étudiant zimbabwéen installé dans ma ville natale Sidi-Amar, perdait la vie après avoir été victime d’une agression criminelle à l’arme blanche. Un an après, j’en parle avec des amies, nous regardons les vidéos de la marche organisée à la mémoire de Prosper, on en est fières … on reconnaît d’autres visages… Enfin des étudiants de Sidi Amar qui s’indignent devant cet acte horrible ! Après on se questionne sur cette fierté. Serait- ce une sorte de remède contre cette impuissance ? Que peut-on faire après tout ? On se tait. Un malaise s’installe… Ce jeune homme s’est fait tuer. Il étudiait dans la même université que nous, achetait au même marché, mangeait surement le même burger de chez Kader !
Prosper se rendait au restaurant de la cité universitaire ce fameux mardi, pour dîner comme d’habitude depuis cinq ans. Cette nuit-là, il pleut beaucoup et une grève des étudiants algériens bloque le restaurant. Il lui faut donc sortir pour acheter des condiments et pouvoir cuisiner. Accompagné de son ami et compagnon de tous les jours, ils se rendent au marché.
Au retour, voilà que des jeunes badauds du quartier les agressent. Il est poignardé avec un couteau à la cuisse, les auteurs de cet acte odieux s’enfuient. Alors qu’il commence à se vider de son sang, son ami le traîne au milieu de la chaussée, pour que les passants alertent les secours.
Ce n’est que plus d’une heure plus tard que les secours arrivent. Il rend l’âme dans l’après-midi du jour suivant.
Après avoir discuté avec ses amis j’apprends que Prosper voulait s’établir en Algérie après l’obtention de son diplôme. Depuis je documente, à travers des archives, images, vidéos, dialogues et textes, la vie de quelques étudiants subsahariens établis en Algérie après avoir fini leurs études, une sorte de constellation et un journal intime qui renvoient à ce qu’aurait pu être la vie de Prosper, une façon de mettre l’accent aussi sur leurs quotidiens, leur intégration « ou pas » et leurs interrogations.

Haratins : born to serve

Haratines ou encore les Maures noirs, désignent les autochtones du Sahara maghrébin. Cette population est génétiquement et ethniquement distincte des peuples d’Afrique subsaharienne. Leur langue, leur culture et leur identité sont arabes, fruit de siècles d’asservissement aux maîtres du Beydan, descendants des Berbères arabisés du Sahara.
Haratines : nés pour servir est une série photographique qui revient sur les destins des Haratines, en proie à l’esclavage traditionnel basé sur l’ascendance en Mauritanie. Bien qu’elle ait été officiellement abolie en 1981, cette pratique continue d’exister dans le pays. Il n’existe pas de données officielles sur cette question et le gouvernement actuel - dirigé par une majorité arabo-berbère - nie toute présence d’esclavage ou de discrimination sur son territoire. Cependant, selon les estimations du Global Slavery Index, pas moins de 90.000 personnes - environ 2 % de la population mauritanienne totale - ont été touchées par cette situation en 2018. Les ONG locales affirment que plus de 400.000 personnes sont tenues en esclavage.
Étant, de fait, une caste de la société Mauritanienne, les Haratines sont souvent maltraités durant leur vie d’esclave. Les femmes sont violées et des familles entières se retrouvent à effectuer des travaux forcés sans compensation. Même s’ils sont libérés, les Haratines sont négligés par le gouvernement et livrés à eux-mêmes ; ils vivent souvent dans des bidonvilles en marge de la société et n’ont pas accès aux soins de santé, à l’éducation ou à l’état civil. Les femmes et les enfants sont les plus touchés par cette situation. Bien que certains, dont les parents ont été libérés de leurs maîtres, aient pu s’émanciper, leur nombre reste minime.
L’esclavage traditionnel et plus particulièrement la situation de la communauté Haratines en Mauritanie a été reconnue comme une question urgente par plusieurs ONG internationales, dont Amnesty International, mettant de plus en plus en lumière leur condition.

Forgotten Eritrean Refugees
« Au début des années 2010, les Érythréens ont été victimes de violations massives des droits humains, dupés par des passeurs ou kidnappés dans des villes et des camps, parce qu’ils n’étaient protégés ni par leur pays, ni par la communauté internationale. Des trafiquants ont organisé un système de traite d’êtres humains. Pendant de nombreuses années, les Rashaidas, des peuples bédouins, ont opéré des frontières du Soudan à l’Égypte avec l’aide de nomades ; ils les séquestraient et les vendaient tels du bétail puis les captifs étaient victimes d’extorsions et de tortures dans le Sinaï égyptien.
On ne sait combien d’Érythréens ont disparu. Ils n’ont pas été comptés et sont restés des invisibles. Selon les survivants, sur chaque groupe de détenus au moins la moitié disparaissait. Dans le désert, hommes et femmes étaient régulièrement torturés et violés en attendant des rançons qui pouvaient aller de 10.000 À 50.000 $. Les tortionnaires contactaient les familles pour l’hawala
(la rançon) en leur faisant écouter les cris de leurs proches torturés.
Forgotten Eritrean Refugees est l’histoire des survivants réfugiés dans les camps de la région Tigray dans le nord de l’Éthiopie. Leur histoire est celle d’atroces violences, physiques et mentales dont ils gardent les séquelles. Aujourd’hui, coincés dans les camps sans aucune assistance physique et morale, ni statut de victime, et avec peu d’espoir d’amélioration, les survivants se sentent oubliés et doivent trouver leur propre voie vers la résilience.

Dieu va ouvrir la mer

Avec le renforcement des frontières de l’Europe depuis une quinzaine d’années, et faute de réelles politiques migratoires impulsées par les États du Sud, les candidats à la migration venus d’Afrique subsaharienne s’installent de manière plus pérenne dans les pays d’Afrique méditerranéenne. Au Maroc, la récente politique a permis la régularisation de près de 50000 personnes. (…)
Cette reconfiguration de l’espace migratoire marocain a des conséquences importantes sur le plan religieux. Dans le champ du christianisme, elle a entraîné tout à la fois la revitalisation des églises officielles reconnues par les autorités du Maroc (églises nées de la période coloniale plus ou moins délaissées par des fidèles européens de moins en moins nombreux au Maroc), et l’émergence d’un secteur religieux chrétien informel. Le phénomène s’observe en particulier à Rabat et dans les grandes villes marocaines. Dans leur maison, leur appartement, se réunissent quelques dizaines de fidèles afin de prier, de discuter et d’échanger sur la vie et les projets de vie dans et hors du Maroc. On les appelle les églises de maison. Ces églises, pour la grande majorité d’initiative congolaise (surtout de la RDC), regroupent chacune de 20 à 100 participants. Elles sont souvent aménagées en rez-de- chaussée ou à l’étage supérieur de petits immeubles, dans des espaces exigus, équipés de chaises en plastique, d’un pupitre pour prêcher et de ventilateurs. Sans statut légal, mais tolérées par le voisinage pourvu qu’elles adoptent une pratique discrète, elles sont dirigées par des « pasteurs migrants » qui, lorsqu’ils se préparent à voyager, transmettent leur charge à un successeur désigné. En dépit de la précarité des personnes et des lieux, du turn- over important des leaders, ces communautés perdurent dans le temps, maintenant leur identité spécifique (nom, localisation, style de prière) par tuilage entre anciens et nouveaux membres, et formant ainsi un réseau religieux structuré.
Une enquête de terrain dans les quartiers périphériques de Rabat où résident la plupart des migrants, a permis d’identifier un réseau bien structuré d’une trentaine d’églises de maison, francophones ou anglophones, dont la genèse remonte à 2003. Ce travail photographique réalisé entre mars 2017 et mai 2018 documente en partie le terrain des chercheurs autour de cette « théologie de la migration » et l’organisation des églises informelles au Maroc.
Textes et recherches des anthropologues et sociologues Sophie Bava et Bernard Coyault. Avec le soutien de : Centre National des Arts Plastiques, Institut de Recherches et de Développement, Camargo Foundation, Institut Al Mowafaqua

Dry
Je suis né en Algérie d’une mère algérienne et d’un père soudanais. Quand j’avais neuf ans, ma famille a déménagé en Libye, où j’ai ensuite passé 18 ans de ma vie à me convaincre que j’étais algérien, tandis que mon père n’arrêtait pas d’insister sur le fait que j’étais soudanais. À 28 ans, j’ai décidé de m’installer en Algérie et ce n’est qu’alors que j’ai commencé à m’interroger sur mon idée d’appartenance.
Je me sentais comme une île au milieu d’une société avec laquelle je n’avais pas autant de points communs que je le pensais. Comment une île peut-elle exister au milieu d’un océan ? Est-ce parce que le sol sec de l’île est suffisamment solide pour s’imposer contre l’eau qui l’entoure, ou bien l’océan ne fait-il que tolérer la présence et l’existence de l’île ? Ou s’agit-il d’une relation de compromis dans laquelle les deux parties renoncent à une partie de leur prétention pour coexister ?
Dry montre à peu près toutes les îles que j’ai rencontrées au fil des ans. Lamia, qui a quitté l’Algérie pour la France à 6 ans, et qui était en visite chaque été jusqu’à ce qu’elle atteigne l’âge adulte et que ses relations avec la société algérienne se complexifient. Ou M’mmar, qui vit dans la diaspora depuis 45 ans, et qui reviendra mourir et être enterré en Algérie, « parce qu’il est bon d’y mourir ».
« D’où venez-vous ? », a demandé un policier alors que je photographiais une manifestation à Alger. « Pourquoi pensez-vous que je ne suis pas algérien ? », ai-je répondu. Sa réponse a été un bref silence en regardant ma peau et mes cheveux. « Vous parlez différemment. » Un autre policier qui m’a arrêté m’a posé la même question.
Avec Dry, je veux que vous vous sentiez mal à l’aise, vraiment mal à l’aise. Je veux que vous doutiez de tout ce que l’on vous a dit sur l’identité nationale et sur ce que signifie « appartenir ». Car que signifient ces constructions sociales de toute façon ?