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A'Alehom

  • Danse

Le 25.11.2021 à 20hFriche la Belle de Mai, Marseille

Alexandre Paulikevitch

En Pratique

  • Friche la Belle de Mai, Marseille

Petit Plateau

Durée : 40min

Un spectacle d’Alexandre Paulikevitch

Direction artistique Eric Deniaud
Direction technique Riccardo Clementi
Avec le soutien de l’Onda - Office national de diffusion artistique

Atelier aux Baumettes en partenariat avec Lieux Fictifs

Dans le cadre de la Semaine culturelle méditerranéenne

Présentation

Voilà le corps d’Alexandre Paulikevitch : dans le solo de danse A’alehom, A l’attaque, dans cette oscillation lumineuse du ventre du Baladi qui devient un aiguillon sensible. Voilà ce à quoi il veut tendre : une résistance sensible qui transmue le deuil, la rupture amoureuse, les coups ou l’explosion meurtrière du port de Beyrouth en une danse à nu résiliente. Parce que le corps peut encore nous émerveiller dans le malheur. Parce que le corps irradie encore au cœur des nuits libanaises.

Propos recueillis par Sylvia Botella

Le Baladi contemporain est au cœur de votre œuvre. Vous êtes l’un des rares hommes à être danseur Baladi au Liban et au Proche-Orient. En quoi, la danse Baladi vous fascine-t-elle tant ?
Qu’est-ce qu’il y a de plus important pour moi que la danse Baladi ?! La question ne se pose pas. C’est ma vie. C’est ma culture. Pourtant, il a fallu du temps avant de connaître le saisissement comme hors de proportion qu’elle provoque. Aussi étonnant que ça puisse paraître, j’ai découvert la danse Baladi dans les années 2000 à Paris. C’était la première fois que je quittais le Liban pour suivre des études de droit au Panthéon-Sorbonne. C’était la première fois qu’on me demandait qui j’étais. D’où venait mon accent ? Alors arriva la crise identitaire, si redoutable : je ne savais plus qui j’étais. Je fus pris d’un désir irrésistible de revenir à mes racines. Par hasard, je me suis plongé dans la danse Baladi que je nommais encore « danse orientale ». Ca, c’était avant que je suive les cours de Isabelle Launay au département de danse de Paris 8 et que je réfléchisse sur ma pratique : pourquoi nommer Baladi, « danse orientale » ? Par à rapport à quoi ? A qui ? Très vite, j’ai découvert combien cette danse dite « danse orientale  ou danse du ventre » était méprisée. Je sentais de la condescendance à mon égard. Pour beaucoup, je n’étais pas un « vrai » danseur. Pourtant, de manière exemplaire, la danse Baladi est ancestrale. On ne le dit pas assez souvent. Elle a été chorégraphiée par les hiéroglyphes sur les temples pharaoniques avant qu’on définisse ce qu’était la chorégraphie. Dans le Nouveau Testament, Salomé obtient d’Hérode, la tête de Jean-Baptiste sur un plateau en dansant le Baladi. C’est pourquoi, au fil du temps, la danse Baladi est devenue ma bataille.

Autant politique que poétique, autant intime que sociétal, A’alehom, (A l’attaque) traite de thèmes aussi divers que la rupture amoureuse, les violences, la mort du père, l’explosion du port de Beyrouth. Quels chemins emprunte votre corps ?
A’alehom est née de la révolte. Elle est née dans la nuit du 17 octobre 2019 à Beyrouth. Face aux mesures fiscales drastiques prises par le gouvernement, comme beaucoup, j’étais descendu dans le rue pour défendre nos droits économiques et sociaux, et exiger la fin de la corruption ainsi que la démission des responsables politiques. J’ai été tabassé et arrêté par la police. Lorsqu’on m’a libéré quelques heures après, j’étais très mal en point. C’est précisément parce que ma douleur était si irradiante que je me suis mis à danser chez moi sans m’arrêter de 4h à 6h du matin. Comme si quelque chose s’échappait de moi. Comme si la danse me permettait d’explorer une beauté dans la noirceur, dépassant la seule violence et la dépression. Ma danse était oxymorique, voire une chimère. C’est le propre de A’alehom, la danse y étreint les contraires, entre la noirceur et la lumière. Jusqu’à, tout à coup, donner la figure la plus poétique : le corps réellement souffrant, « liquide » des temps morts devient le corps puissamment enraciné dans la terre, de pure lumière.

A’alehom, c’est le solo à nu ! Comment avez-vous imaginé la structure narrative et la mise en espace ?
Après l’explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020, j’ai tout perdu. Je n’avais plus ni maison ni argent. Soudainement, tout ce à quoi j’avais pensé - l’orchestration, la lumière, la robe haute couture – me semblait dérisoire, indécent. Je me suis dit simplement : Je n’ai plus rien. Je créerai avec rien. Le budget de production de la pièce s’élève à 100 euros. C’est le prix de fabrication de la boite en bois.

Qu’est-ce que nous apprend A’alehom ?
Sans aucun doute, elle nous apprend à ne pas nous résigner ! Pour citer Hobbes : « tout ce qui ne tue pas, rend plus fort ». Mais surtout, que faisons-nous du malheur ? De manière générale, mes pièces sont extrêmement personnelles. Mais A’alehom, l’est plus encore. C’est la pièce rendue à sa vérité nue, plus immédiatement humaine. Lorsque j’ai débuté la création, j’avais touché le fond, personnellement et professionnellement. La danse, c’est tout ce qui me restait. Aujourd’hui, plus qu’hier, je sais que la danse, c’est ce qui me reste et c’est ce qui me restera ! C’est mon île, mon souffle de vie.