onzième année

Aucun ne quitte ni n’oublie sa terre et sa langue définitivement. « Ulysse a fait un beau voyage, certes, mais il est revenu… »C’est James Joyce, auteur en perpétuel exil qui, rencontrant le jeune Samuel Beckett, lui rappelle cette loi.

 

Cette édition, la onzième, est habitée par des artistes qui auscultent le monde à la lueur des trajectoires migratoires, des déplacements, des accidents historiques. Continuer à raconter, à faire entendre le récit de territoires géographiques – intimes et collectifs – qui ne se laissent pas enfermer dans des frontières figées : voilà qui apparait plus que jamais comme une nécessité. Évidemment.

 

C’est depuis ailleurs et l’Ailleurs, à partir d’Où l’on vient et Où l’on va, que s’est articulé ce nouveau rendez-vous. Les Rencontres à l’échelle sont innervées par des artistes dont l’engagement est parfois, au sens propre du terme, vital. Elles sont éclairées par leurs regards qui, depuis l’Egypte, la Syrie, l’Afrique du Sud, Israël, l’Algérie, l’Espagne, l’Iran… se croisent ici. Ce sont des artistes qui ne refusent pas leur part de responsabilité politique pour convoquer ce qui nous arrive et ce qui nous parvient, pour nous accompagner et nous permettre de saisir autrement la brutalité de notre temps.

Le festival a été initié il y a plus de dix ans, pour proposer un cadre de partage sensible entre les artistes et les spectateurs, un cadre dédié à l’imaginaire et à l’invention, un cadre accueillant et généreux, fabriqué à partir de ce qui nous rassemble et nous sépare, de ce qui nous lie et nous interroge.

Il n’existerait pas sans le soutien du public plus nombreux, sans la confiance renouvelée et intacte des partenaires publics, sans la générosité des lieux qui l’accueillent. Il existe avec des artistes qui, depuis une place au monde singulière à chacun, recouvrent avec une audace infinie l’espace inquiet de notre présent. Merci à eux de venir ici, à notre rencontre.

 

Julie Kretzschmar


1 – cité par Frédéric Pajak, Manifeste incertain, éditions Noir sur blanc, 2012.