Nous sommes de toutes manières toujours déjà trop vieux (non, ce n’est pas tout à fait ça)
conférence performative

Nous sommes de toutes manières toujours déjà trop vieux (non, ce n’est pas tout à fait ça)

  • vendredi 17 octobre 2008 à 20h30
    samedi18 octobre 2008 à 20h30

  • durée : 30'

  • Anticipant de quelques semaines la soutenance d’une thèse sur les situationnistes et le théâtre rédigée sous la direction de Denis Guénoun à la Sorbonne, c’est à une conférence performative , mais largement adaptée à un public non spécialisé, que sont conviés les spectateurs des Rencontres à l’Échelle.
    Nicolas Ferrier vient d’achever la rédaction d’une thèse : “Situations et spectateur(s)” . Pour deux raisons au moins, l’idée d’une soutenance anticipée, ouverte à un public non spécialisé fait sens.

     Plus la vérité que tu veux enseigner est abstraite, plus il te faut y amener les sens ». Nietzsche

    D’abord parce que le sujet même de la thèse fait la part belle aux entrelacs entre la célèbre pensée du spectacle élaborée par Guy Debord et la théorie théâtrale elle-même (celle de Brecht en particulier). Comment mobiliser cette pensée, dûment travaillée par une problématisation philosophique, pour penser aujourd’hui, par exemple, la situation dramatique et le spectateur ?
    Mais la principale motivation de ce déplacement n’est sans doute pas là. Elle tient surtout au fait que le travail d’écriture d’une thèse, et a fortiori celui de sa soutenance, convoque en soi une forme de théâtralité. Si l’exercice de développer une pensée reste primordialement de type intellectuel, il n’en exclut pas pour autant les effets rhétoriques, les efforts stylistiques, la mise en scène de débats, les rapprochements spectaculaires, les rebondissements inattendus, les illustrations sensorielles, les méandres de l’enquête, et le dénouement attendu. Loin de pouvoir déployer un simple discours logico-formel, le locuteur Ferrier ne saurait alors échapper à sa propre situation : celle d’un orateur s’exprimant devant un public, acteur de sa propre cérémonie d’adoubement, et soucieux de plaire à son auditoire. En déposant de la sorte sa pensée sur un plateau, il offre alors aux spectateurs l’opportunité, non seulement de l’entendre et éventuellement de la comprendre, mais encore de la percevoir (évidemment, tout cela exige une grande condition physique : mais l’homme, qui s’est récemment
    distingué au Marathon de Paris, ne manque pas de souffle.)

    Si je dis que j’écris depuis le théorique, et pas du tout depuis ou dans la littérature, encore moins dans l’art, c’est pour me donner foi dans le langage. C’est plus facile le théorique. C’est un peu comme la paléontologie, il s’agit de reconstituer un squelette. Il faut déterrer les fossiles, on creuse, on cherche, on fouille, on trouve ce qu’on peut, on assemble, on essaie. Mais dès qu’un semblant de forme reconnaissable apparaît, cela ne suffit plus. Surgissent alors deux attitudes différentes dans la langue. La première veut partir de l’os pour atteindre la chair – ça, c’est très biblique et très littéraire dans un certain sens, c’est la résurrection. La seconde veut partir de l’os pour goûter la moelle, ou l’analyser – ça, c’est très canin et plus scientifique. L’humain dont il est question ce soir ne sera pas un animal raisonnable, mais un chien intellectuel. »
    Nicolas Ferrier, juin 2008